Textes : Julie Franck, Kholoud Daoud, Ahmed Alazbat
Dessins : Pauline Berger
Editions de l'Association Alama, 2024, 88 pages
Ce livre raconte l’histoire d’Amal et Imad, deux enfants de Gaza. À travers leurs yeux, on voit leur vie quotidienne, similaire à celle des enfants chez nous : leurs familles, leurs activités, leurs jeux. Mais on découvre aussi les difficultés qu’ils rencontrent comme les déplacements, les bombardements, les destructions, la faim.
Amal et Imad partagent aussi des souvenirs de leur passé, les histoires de leurs grands-parents, et ce que signifient pour eux des mots comme “justice” et “espoir”. Ce livre aide à mieux comprendre ce que vivent les enfants de Gaza, tout en montrantleur courage et leur incroyable résilience.
En donnant la parole à deux enfants qui racontent non seulement le drame, mais également les joies simples qu’ils arrivent malgré tout à ressentir dans leur quotidien, nous créons un espace privilégié pour parler avec nos enfants de l’injustice qui touche la Palestine depuis plus de 75 ans. Ce livre aide à mieux comprendre ce que vivent les enfants de Gaza, tout en montrant leur courage et leur incroyable résilience.
Les événements relatés ont été choisis en collaboration avec des personnes de Gaza et à Gaza. Afin de raconter les faits de façon lisible et constructive pour un enfant, les mots, le ton et les dessins sont empreints de simplicité, de douceur et de tendresse.
Quelques mots de l'équipe
Julie FRANCK, autrice
À dix ans, au moment du massacre de Sabra et Chatila, j’ai reçu un livre pour enfants, Le paradis de Salima, probablement tiré en quelques exemplaires. Ce livre a joué un rôle déterminant dans ma prise de conscience de l’injustice vécue par le peuple palestinien. Adolescente, je participais déjà régulièrement aux manifestations à Bruxelles. Plus tard, j’ai découvert le camp de réfugiés palestiniens de Chatila, la Cisjordanie et Gaza en 2018. À Gaza, j’ai découvert une société marquée par les agressions régulières et un blocus quasi total depuis 2007, mais aussi portée par une société civile d’une intelligence et d’une créativité admirables. Cette tension entre oppression et dignité est au cœur de Nous, enfants de Gaza.
L’idée du projet est née d’un constat simple : il n’existe pas de livre pour enfants permettant de comprendre Gaza ni même la Palestine. Pourtant, depuis le 7 octobre, on assiste à un véritable réveil et une prise de conscience chez de nombreux jeunes, parents et enseignants. Il m’a semblé essentiel de leur fournir un outil adapté pour parler de la situation avec leurs enfants et leurs élèves.
J’ai écrit Nous, enfants de Gaza à partir de nombreuses discussions avec mes amis de Gaza, et tout particulièrement Ahmed (à Genève) et Khloud (là-bas), un homme et une femme, deux regards complémentaires. Le livre est né de ces échanges, de ce que j’ai vu moi-même sur place, et du besoin de transmettre une réalité souvent réduite à des images tragiques. Si j’ai porté le projet, sa réalisation a été possible grâce aux échanges et aux retours de nombreuses personnes issues d’horizons divers, y compris les bénévoles de notre association, dont l’apport a été essentiel.
Je souhaitais bien sûr parler du présent tragique, mais surtout raconter la vie quotidienne des enfants de Gaza avant le 7 octobre, pour rappeler que l’histoire ne commence pas ce jour-là. Il était essentiel de restituer des détails concrets que seul un enfant ayant grandi là-bas peut connaître, car ils permettent au lecteur de s’identifier à eux, cette identification étant fondamentale puisque le racisme, au cœur du génocide en cours, se fonde sur la perception de l’autre comme radicalement différent. Montrer des enfants à l’école, au théâtre de marionnettes, en train de jouer, rire, danser, profiter de la mer ou partager des gâteaux, c’est rappeler leur pleine humanité. Mais pour chaque scène lumineuse, il fallait aussi laisser transparaître les difficultés structurelles extrêmes auxquelles la société gazaouie était confrontée.
En montrant cette vie à la fois ordinaire et extraordinairement résiliente, le livre invite le lecteur à s’identifier aux enfants de Gaza, à éveiller son sens de la justice et à semer les graines de son propre engagement.
Kholoud DAOUD, co-autrice
Être co-auteure de ce livre signifie beaucoup pour moi, car j'y vois le reflet de mon enfance et de celle de tous les enfants palestiniens qui ont grandi avec les récits de la Nakba, du déplacement, de l'évacuation, de la perte, de la reconstruction et de l'espoir. Tout au long de l'été, j'ai échangé avec Julie pendant qu'elle écrivait le livre, nous avons échangé des idées, peaufiné des scènes et discuté des détails insignifiants mais significatifs de la vie quotidienne des enfants concernant nos habitudes, les relations entre voisins, la vie scolaire, les célébrations, les familles chrétiennes, ainsi que les luttes et les espoirs qui façonnent le quotidien des enfants. J'ai également partagé des scènes inspirées d'événements que j'ai moi-même vécus, comme quand mon grand-père a déclaré qu'il préférait rester chez lui plutôt que de le quitter et de vivre une nouvelle Nakba. Une fois l'écriture terminée, Julie m'a régulièrement demandé de lui envoyer des photos de différentes périodes de la vie à Gaza afin que Pauline puisse s'en inspirer pour créer ses illustrations.
Pendant cette période, je passais de nombreuses heures dans un refuge scolaire où vivaient des familles déplacées, qui était également le seul endroit où je pouvais parfois accéder à Internet. Là, je m'asseyais avec les enfants, je leur posais des questions sur leurs peurs et leurs rêves, et j'écoutais attentivement leurs paroles spontanées. Je leur montrais des dessins des personnages, et leur curiosité et leur enthousiasme ont contribué à façonner l'esprit du livre.
Pour moi, ce projet ne se résumait pas à l'écriture d'un livre. Il s'agissait de protéger la mémoire et de refuser le silence. Il s'agissait de donner aux enfants une voix qui puisse voyager au-delà des postes de contrôle et des frontières, au-delà du bruit de la guerre, et d'affirmer leur pleine humanité au monde de manière authentique et honnête.
Ce livre est sorti à un moment où tout semblait fragile et incertain. Au milieu de cette obscurité, cet ouvrage est devenu mon refuge et ma résistance. Alors que tout autour de moi était en ruines, je contribuais à construire quelque chose avec des mots. Cela m'a donné un but alors que je me sentais impuissante, et de l'espoir alors que celui-ci semblait loin. Cela m'a donné le sentiment de faire quelque chose de vraiment significatif pour mon peuple, en partageant notre histoire authentique, telle que nous la vivons, sans déformation ni omission.
Pauline BERGER, illustratrice
J’ai rencontré Julie de façon fortuite, j’avais contacté l’association afin de proposer mon aide pour les projets artistiques. Julie m’a parlé de l’idée d’un livre d’illustration en cours et nous étions très enthousiastes de faire naître ce projet ensemble. Par l’intermédiaire de Julie, j’ai rencontré Kholoud et les autres membres de l’association qui ont participé à la création du livre.
Ce projet a été d’une grande intensité. D’abord par son contexte, mais aussi par les échanges avec Kholoud. Les fois où elle ne répondait plus aux messages, les fois où nous l’avons pensé en danger, où Julie était dans l’attente de ses nouvelles. Ca a été la plus intense des créations de livre de ma vie. Kholoud validait les croquis, écrivait aussi avec Julie et les membres de l’association.
Je garde à vie cette expérience dans mon cœur.
Ce qui m’a fait participer à ce projet c’est la volonté de combattre les injustices, avec le médium que je sais le mieux manier.